QUATRE SAISONS AVEC LAST TRAIN

Last Train est un de mes groupes préférés. Juste un tout petit cran en dessous de Led Zep. Il faut dire qu’ils ont l’énorme avantage d’être vivants et comme ils ont tous passé les 27 ans, parions pour un bon moment encore, ce qui m’arrange.
Je découvre ce groupe en 2015 je crois, en passant l’aspirateur. Ils passent sur Oui FM, je me dis « tiens c’est sympa ce truc » et l’animateur glisse alors « c’était Last Train, ils sont originaires de Mulhouse ». Ah oui ? De Mulhouse, de chez moi, vraiment ? Et ils passent à la radio et en plus c’est très cool ? C’est donc un coup de foudre. Puis mon premier concert ensuite à la Maroquinerie en 2016, j’y vais seule, et je vois 4 gamins se la jouer rockeurs avec leurs cuirs et leurs clopes au bec, un peu têtes à claques. Je vois aussi la fierté dans le regard de leurs parents présents ce soir-là. Et plus que tout j’entends leur musique. Je me demande comment ils font pour être si jeunes et si doués. J’écume leurs EPs, puis vient le premier album, The Weathering. Fast forward, entre 2 concerts, arrive le test crucial du 2eme album. Il sort un jeudi soir à minuit, je le télécharge à 00h01. Mais je suis en séminaire pro, alors je prends mon mal en patience et je le lance enfin dans l’avion du retour. Pas les meilleures conditions d’écoute clairement, et pourtant, je me prends une claque. Pas une seule chanson à jeter, toutes me parlent, toutes m’embarquent sur un grand huit sensoriel. The Idea of Someone. The Big Picture, évidemment. Les frissons. Cet album est une pépite.
Des concerts, encore, parce qu’il n’y a que ça de vrai. Cette musique est devenue la bande originale de ma vie comme dirait Jean-Noël. Des moments incroyables, comme ce concert à Mulhouse, chez nous donc, où j’ai la chance de les photographier backstage avant la montée sur scène. Car oui, en plus d’être si talentueux ils sont gentils et accessibles.


Je ponce cet album pendant des mois, et j’y reviens souvent, selon l’humeur je trouve toujours quelque chose qui me correspond. Le dernier concert de la tournée, à la Maroquinerie, ma salle préférée, est incroyable. J’en chiale tellement j’ai des frissons… Et je ne suis même pas au premier rang. Juste, je kiffe. Quelle belle clôture de chapitre. Les « merci ! » fusent dans la salle blindée de quelques 500 fans de la première heure. Les frissons encore en revoyant cette vidéo.
Puis l’attente. Quoi pour la suite, après avoir si brillamment passé le crash test du second album ? L’attente n’en finit plus… Rajoutons le fameux confinement par-dessus tout ça. J’en arrive à regarder mes vidéos de concerts sur Instagram tellement je suis en manque, ces émotions de live me manquent terriblement.
On espère un album et là, surprise, de nouveau. Je revois Jean-Noël au Noumatrouff de Mulhouse, à la reprise du live, nous annoncer que pendant le confinement si on espérait un album c’est raté ils n’ont écrit qu’une seule chanson. Rires un peu frustrés dans la salle. Et pourtant revoilà un trésor : How Did We Get There ? 20 minutes d’un titre épique, on remonte sur le fameux grand huit des émotions, tantôt douces, tantôt rageuses, reliées par l’Orchestre Symphonique de Mulhouse… Connaissant Last Train on sait que ces 4 -là sont férus de bandes originales de film, alors quoi de plus logique que de nous régaler d’un court métrage intense, angoissant, mélancolique, pour illustrer cette chanson ? Julien, le réalisateur de la bande, s’y est collé. Et histoire d’enfoncer le clou ils vont même venir nous le présenter dans des salles de cinéma.
Mais comment font ces gars pour avoir autant de talent ?
Et de nouveau l’attente, comment sera ce 3e album ? Est-ce que ce sera finalement l’album casse-gueule ? Ou celui de la maturité déjà tutoyée avec The Big Picture ?
Raté, encore une fois un pas de côté et c’est l’ODNI (Objet Discographique Non Identifié) One Motion Picture Soundtrack (OMPS pour les intimes). Evidemment tiens. On n’a pas de film sur lequel composer la BO ? Pas grave, on va la faire quand même, et de la plus belle manière possible. Réinterpréter les titres existants en créant une trame. Le tout en collaboration très poussée avec, encore, l’Orchestre Symphonique de Mulhouse. Clairement pas ce qu’on attendait. Je ne pense pas qu’il y ait eu beaucoup d’expériences de ce genre par d’autres groupes. L’implication des garçons est impressionnante, particulièrement de Jean-No et Rémi dont c’est LE projet, et qui n’avaient pas mesuré la somme de boulot que cela allait représenter. Et on continue dans l’identité Last Train, pourquoi s’arrêter là ? Cette fois-ci c’est une mini-série qui accompagne la sortie de l’album. Et une présentation aux fans en live, en l’occurrence pour moi celle de Mulhouse, directement à La Filature, là où ils ont enregistré avec l’orchestre. Cet album, surprenant, m’accompagne maintenant dans les moments plus doux, en recherche de calme, et pour m’éloigner du stress.
Néanmoins, déjà, Jean-No nous partage une confidence : le 4e (ou 3e ? ou 3e ½ ??) album est plié, enregistré, et ne devrait pas tarder, et on va revenir aux bases. C’est ici que commence mon année avec Last Train. Car moi aussi pendant ce temps-là j’ai grandi, j’ai mûri, j’ai étendu ma culture musicale, j’écume les scènes parisiennes armée de mon fidèle Nikon, alors je suis prête. Prête pour ce récit, moi qui n’aime pas écrire. Prête pour me jeter à l’eau, préparer 2 interviews avec l’espoir fou d’avoir ce temps d’échange avec les gars. Spoiler : ça n’arrivera pas. Alors puisque je ne peux pas assouvir mon fantasme de reporter musical, je vais faire autrement. C’est ce que vous avez sous les yeux : ce n’est pas un live report, ce n’est pas une interview, c’est l’histoire de mon année avec Last Train.
AUTOMNE 2024
Ça y est. Enfin. Enfin les nouveaux titres de Last Train, enfin on parle du nouvel album. Et ça tombe bien, je suis dans un nouveau chapitre de ma vie après une année un peu compliquée, j’ai besoin d’une nouvelle bande son. Sortie du premier single Home.
Je le télécharge au réveil le jour de sa sortie, je suis encore sous ma couette à moitié endormie. Je lance le titre. Jean-No susurre à mon oreille, tout (trop) doucement. Je monte le son. Ce n’est vraiment pas fort, je remonte le son. 01’04 je sursaute. Je suis réveillée je crois ! OK, on part carrément sur une marche militaire. Finalement parfait pour m’armer pour une journée de taf ! Est-ce que j’ai headbangé toute seule à 3’00 ? Peut-être. C’est fort, les guitares rock sont bien là, la batterie sonne le rappel des troupes, Last Train is back. Et ça promet. Mais attendons la suite.
Viens ensuite The Plan. Pareil, des guitares, un son très calibré radio, assez court (très court quand on connait leur propension à faire des titres de 10min et plus), la voix éraillée. Simple et direct. Décidément ils sont énervés ! Ce n’est pas cette chanson qui révolutionnera le rock ni le style de Last Train mais c’est efficace, on sait déjà qu’on gueulera les paroles en live.
Enfin, la date tant attendue tombe : rendez-vous pris pour le 31 janvier pour la sortie de l’album. Mais surtout, un cadeau incroyable pour nous faire patienter : 4, je dis bien QUATRE soirées d’affilée sont annoncées à Paris, à la Boule Noire. Mise en vente quelques jours plus tard, autant vous dire que j’ai cliqué plus vite que mon ombre pour assurer le coup et emmener les copains. Ce sera la première et la dernière pour moi, ayant déjà prévu une petite excursion mancunienne entre les 2 pour aller voir Fontaines DC… L’impatience monte directement de deux crans car cette salle est toute petite, à peine 200 personnes. Et pour une fois, sans mon appareil photo, je vais vraiment profiter à fond du concert, premier rang tant qu’à faire.
[LA BOULE NOIRE – 28 NOVEMBRE + 01 DECEMBRE 2024]
Evidemment l’impatience. Arrivée tôt mais sans plus, je suis surprise de la petite fille d’attente, assez courte finalement, et me réjouis déjà de pouvoir truster le premier rang. Les copains arrivent, on se met en place, et on commence par découvrir le groupe nantais Treaks, power trio punk rock enlevé qui déjà fait chauffer la salle. Si la découverte est très bonne, ce n’est évidemment pas cela qu’on attend. On attend que les lumières s’éteignent, que les stroboscopes pulsent au rythme de Home, on attend ce silence puis cette déflagration, ces pauses et ces reprises. Et au bout de peut-être deux minutes, l’arrêt brusque. Malaise dans la salle, dans les deux sens du terme, et évidemment le groupe aux petits soins avec ses fans, en toute bienveillance, marque une pause le temps de l’évacuation (spoiler : la personne va bien et reviendra le dimanche soir, invitée par le groupe !). Reprenons là où on s’était arrêté et c’est parti pour le grand huit, la découverte de ces quelques nouveaux titres (4 précisément) qui déjà préfigurent un album rock incandescent, martial et énervé. Les anciens titres toujours en support, et toujours The Big Picture en bouquet final.
Rebelote le dimanche soir. Cette fois-ci la file d’attente me permettra de faire connaissance avec d’autres fans (je ne le sais pas encore mais ce sont ces rencontres qui me mèneront bientôt à Bruxelles et à Lyon). C’est important ces échanges entre fans, j’adore faire découvrir le groupe à mes amis mais j’avoue que c’est aussi plaisant de se sentir en communauté, de partager cet amour, car oui il s’agit bien d’amour : « Intérêt, goût très vif manifesté par quelqu’un pour une catégorie de choses, pour telle source de plaisir ou de satisfaction » d’après le Larousse. La première partie me laissera moins de souvenirs, je retiens plutôt ces moments partagés, ces larmes sur le visage de ma voisine que je prendrai par les épaules, ces verres échangés après le concert et ces nouvelles amitiés créées ce soir-là, car c’est ça aussi le pouvoir de Last Train.
Aparté plus récente, mais récemment sur une Place de la République bondée, on me tape sur l’épaule avec un sourire et je mets une seconde à comprendre que le jeune homme porte une casquette Last Train tout comme moi. Sourire, check, pas une parole échangée mais juste une connivence partagée, un bien joli moment !


HIVER
Des mois qu’on n’a pas vu le soleil à Paris, on est janvier, mois qui en ressenti dure environ 15 semaines… et le jour J qui se rapproche, ENFIN.
Première surprise en rentrant chez moi après Noel, une carte de vœux m’attend dans ma boite aux lettres : un petit coucou de Last Train qui nous offre, avec nos pré-commandes de l’album, un nouveau titre ! One by One débarque dans mes oreilles et là, gros crush sur cette chanson. On commence à la batterie puis basse-voix, avant d’ajouter les guitares enfiévrées, toujours dans la continuité rageuse des 2 premiers titres. Titre encore assez calibré, mais pourquoi ce refrain me parle tant ? « All my life I’ve been running too fast, I don’t know why I’m still running out of time… ». Il supplante immédiatement The Plan, et je vais me le passer en boucle pendant plusieurs jours.
Les gars nous demandent de ne pas leaker d’ici la sortie de l’album et incroyable (ou pas, car les fans de Last Train sont très respectueux), mais rien ne sortira !
[NOUVEAU CASINO – 30 JANVIER 2025]
Deuxième surprise : et si on fêtait ensemble la sortie de l’album ? Mais OK les gars, avec plaisir ! Là encore je clique plus vite que mon ombre et c’est parti pour une release party au Nouveau Casino le 30 janvier. Au programme : petit set live, dj set, et on attend tous minuit ensemble et la sortie officielle de l’album. J’achète ! Dans les faits : live très chouette comme toujours mais pourquoi se limiter aux 3 singles qu’on connait déjà ? Un peu déçue de ne pas avoir eu d’autres titres en live, j’enquête un peu et on me dit qu’il faut laisser le suspens pour la tournée. Soit, mais la tournée est déjà sold out et je pense que tous les fans présents avaient déjà acheté leurs billets, donc bon… Passons au DJ set alors. Ah ok ça n’a strictement rien à voir avec le sujet, à part un titre de Fontaines DC qui fait sens, le style ne correspond pas à Last Train et c’est tellement fort qu’on a du mal à discuter. Arrive minuit moins dix, l’écran part sur une vidéo exclusive avec son lot d’images d’archives trop mignonnes de leurs débuts tous gamins, on sourit et on est émus de voir le chemin parcouru. C’est d’ailleurs pour moi source de grand respect, connaissant et partageant leurs origines provinciales, de voir ces gosses fans de musique tracer leur route et réussir à devenir des références du rock français.

Vient le décompte, tel un joyeux nouvel an décalé, et le champagne est sabré ! Un gros gâteau avec l’illustration de la pochette nous régalera aussi. Mais il me tarde de rentrer et de pouvoir enfin écouter l’album d’une traite !

[GROUND ZERO PARIS – 31 JANVIER 2025]
Histoire de pouvoir discuter un peu de cet album et du reste, et poser quelques questions de feu mes interviews qui n’auront jamais lieu, je me rends également chez le disquaire Ground Zero (rue du Faubourg Poissonnière, très bonne adresse pour les amateurs) le 31 janvier. Petite rencontre tranquille avec le groupe, on doit être une petite vingtaine de personnes – et on remercie PIAS pour les bières (et la fantastique affiche géante qui trône dorénavant dans ma cuisine !). L’occasion disais-je donc de poser quelques questions que je rassemble ici sous la forme d’une « presque interview collaborative » avec les personnes présentes ce soir-là…
Evidemment la conversation commence autour du nouvel album et de sa création, où l’on apprend que « Oui l’ordre des chansons est réfléchi et a un sens, il y a notamment des fils rouges mélodiques qui se retrouvent au long de l’album. Les dissonances aussi sont mûrement pensées. » Je découvre au passage ce qu’est un triton (pour la faire courte, deux notes séparées par trois tons, lequel a bien mauvaise réputation puisque connu sous le nom d’ « intervalle du diable », par sa difficulté à être joué et la tension qu’il engendre à l’oreille), utilisé sur l’album III.
« Le rendu se voulait vraiment incisif, atmosphérique. On voulait faire des titres plus courts comme The Plan mais finalement…on ne se refait pas ! On a toujours bien aimé la dynamique pour mettre en valeur un propos. L’amener en faisant silence et ensuite ça pète comme au cinéma, on fait ça depuis toujours en fait, déjà sur Fire. »
Lorsque qu’on évoque la diversité nouvelle des voix chuchotées et de tête : « On s’est senti plus libre sur cet album, il y a 5 ou 6 ans on se serait trop pris la tête ».
On découvre également une nouveauté au niveau de l’enregistrement de l’album :« Avant on jouait live et on enregistrait, donc la conception était assez simple. Avec le travail sur OMPS on a voulu un cadre, une histoire sur cet album et c’était particulièrement nécessaire. Cet album c’est la première fois qu’on enregistre séparément les instruments et la voix, ça nous a permis d’avoir plus de marge de manœuvre en post production pour ajouter une cymbale par exemple sans toucher à la batterie. La seule chanson enregistrée live c’est This Is Me Trying parce que c’était super important de se voir, de se regarder comme on en a l’habitude pour bien se synchroniser ».
Difficile au final de mettre une étiquette puisque : « Tous les titres sont différents les uns des autres. Home part d’une loop electro mais avec des guitares, This Is Me Trying est plutôt post rock… A la fin c’est la production qui a permis de créer un tout et une histoire cohérente. Avant d’enregistrer le disque nos parents nous ont demandé si on allait faire un bel album (rires)… ».
Il y a une question que j’aime bien poser aux groupes que je rencontre car je me la pose toujours même si les histoires ne sont pas toujours évidentes ni racontées, c’est l’origine du nom : « Désolé on n’a pas d’histoire rigolote à ce propos… Au début on s’appelait Children of Fire et on cherchait mieux, Last Train est venu comme ça et on a tous validé à l’époque via MSN (rires) et puis on a avancé comme ça et c’était trop tard pour changer… Un fan présent ce soir-là rétorque :« C’est le dernier train qui te sauve ! ». Le groupe reprend : « Les Anglais trouvaient ça cool et en interview et dans les médias ça ouvre à pleins de jeux de mots… La meilleure ? Je ne sais pas mais la pire c’était le media Gonzai (connus pour descendre les albums). Ils ont sorti un article aujourd’hui et apparemment ils aiment bien l’album mais il y a 10 ans ils nous ont éclaté, l’article c’était une conversation entre le cerveau droit et le gauche qui finissait par « tout le monde descend du train ». Bon il y avait beaucoup d’incohérences, ils disaient qu’on était 5 de Paris… Ils avaient même lancé une pétition pour qu’on se trouve des CDI et qu’on arrête la musique ! A 20 piges ça nous avait marqué, aujourd’hui heureusement on en rigole (et ils n’ont pas eu les 100 signatures sur la pétition alors qu’on avait nous-même signé !) et on se serre la main mais voilà, « tout le monde descend » … ».
A propos de la vie de rockstars, on apprend que : « Effectivement aujourd’hui on a la chance de vivre de notre musique depuis 10 ans, mais on a aussi commencé par l’intermittence. C’est aussi une entreprise qui tourne, Last Train Productions (et on a de moins en moins d’inspiration pour les noms (rires)), puisqu’on est indépendants et qu’on gère tout. »
Plus généralement aux questions autour du chant et de l’écriture, Jean-No explique que « chanter en anglais nous a toujours paru plus naturel par rapport à la musique qu’on écoute et ça permettait aussi de mettre un peu de distance au début ». Pour l’écriture des paroles Jean-No répond en riant : « Bah ChatGPT ! » (Rires). Ça a toujours été assez personnel évidemment, inspiré par le quotidien, ce que j’ai envie de dire. Ce n’est pas une partie de plaisir pour moi, c’est même la partie que j’aime le moins d’autant plus que c’est périlleux quand ce n’est pas ta langue maternelle ; il faut être agile pour placer les bons mots et le sens, et ça prend énormément de temps. Globalement les paroles arrivent à la fin mais pour III contrairement à avant, il y a des thématiques et des punchlines qui sont arrivées en amont car je commence à prendre de l’avance et à écrire même quand je suis en vacances ».
Au final il vaut quoi cet album ?
J’en retiens un grand huit des émotions, la puissance et un côté « force tranquille »
Alors oui l’influence la plus évidente, la plus assumée c’est Nine Inch Nails, il n’y a pas photo. C’est dit d’entrée de jeu, c’est sans doute écrit dans le dossier de presse et c’est ce dont toutes les reviews ont parlé. Pourtant si on écoute un peu plus et un peu plus attentivement, il y a plusieurs autres références rock 90’s, une époque qu’ils n’ont pourtant qu’à peine connue vu leur jeune âge. Du Smashing Pumpkins et du Massive Attack par exemple. Il y a le morceau d’intro qui pète tout (Home) et à ne surtout pas écouter en voiture la première fois, le tube calibré radio (The Plan), jusqu’ici du classique qu’on est content de réentendre. Et au 3e morceau la première surprise, How Does It Feel ? et sa voix de tête pour le coup inhabituelle, très calme, planante. De là s’enchaine All To Blame clairement plus énervée voire même un poil métal. Retour sur du planant avec l’incroyable This Is Me Trying chantée du fond du couloir, qui nous réembarque dans les strates atmosphériques propres à Last Train, sans forcément avoir besoin de paroles d’ailleurs. Revenge, la balade plus calme (au début du moins) avec du piano, avec une voix plus posée, moins forcée, et un très joli texte. On repart sans presque transition sur l’incisif One By One lui aussi calibré radio mais que je trouve plus travaillé que The Plan, peut-être à cause de la batterie particulièrement entêtante sur ce titre. Et après un court interlude on termine (déjà) sur I Hate You, soit du grand classique avec un départ calme, dont on sait pertinemment qu’il va finir par exploser mais quand ? Le tout en susurrant quelques insultes issues on le ressent d’une grande déception (une hypothèse étant que la chanson soit adressée à l’ancien patron de Deaf Rock).
Tous les synonymes de « énervé » et « rageur » sont passés pour décrire cet album, j’en retiens un grand huit des émotions, la puissance et un côté « force tranquille », où l’on sent l’évolution de la réflexion, les choix plus affirmés.
Comme souvent il faut plusieurs écoutes pour en attraper toute la profondeur. Alors oui globalement on n’est toujours pas sur des textes ultra joyeux, certains y voient une posture parfois trop appuyée et c’est compréhensible. Ceci dit la signature et l’identité Last Train, à savoir ces changements de rythmes et cette verve rock rageuse sont toujours là et me semblent plus affirmés, plus mûrs, peut-être aussi aidés par l’expérience OMPS. Il est certain qu’ après The Big Picture, l’exercice était forcément périlleux tant cet album était parfait de A à Z, mais III n’est pas en reste et sachant que la force de Last Train c’est le live, je suis allée le tester sur plusieurs scènes !

PRINTEMPS (ou presque)
[BRUXELLES – 01 MARS 2025] & [TOULOUSE – 07 MARS 2025]
A l’annonce de la tournée, j’ai bien évidemment sauté sur les dates parisiennes. Déçue de ne pas avoir trouvé Mulhouse dans la liste (à date j’espère toujours pour 2026…), j’ai eu envie après les Boule Noire et le Nouveau Casino de me faire plaisir. Voyons voir, où pourrais-je bien trouver un point de chute … ? Après mûre réflexion et craquage, je pars sur Toulouse et Bruxelles.
Le show et la setlist étant déjà rodés, finalement assez peu de différences entre les 2 villes si ce ne sont les premières parties : Aucklane pour Bruxelles et The Luka State à Toulouse. On connaissait les accointances des deux groupes puisque Last Train a tourné en Angleterre pour le rodage avec The Luka State donc rien de plus normal que de leur rendre la pareille en France, et chouette découverte d’ailleurs d’un groupe engagé ne lésinant pas sur leur prestation digne d’une tête d’affiche (ce sera confirmé quelques jours plus tard à Paris !). Aucklane quant à elle joue en terre locale belge avec sa pop rock qui fait penser elle-aussi à la BO d’un film.

Sur les deux prestations rien à redire, tout est direct et file droit, presqu’un peu trop parfois, tant on aimerait un poil plus de spontanéité – oui Jean-No marche systématiquement sur le public, oui on finit toujours par The Big Picture.

[JEAN-NO & GIBSON MUSIC & TALK – HOTEL KIMPTON – 02 JUIN 2025]
Rencontre presque imprévue avec Jean-Noël, invité par Gibson dans leur showroom à l’hôtel Kimpton pour une discussion et mini live acoustique avec quelques fans, format génial s’il en est (proposé le premier lundi du mois par Gibson avec des artistes rock tels que Warren du groupe Kokomo ou Laura Cox par exemple).
« On dit qu’une bonne chanson est une chanson qu’on peut interpréter en acoustique », et bien je n’étais pas prête pour la version de Home en berceuse folk, et pourtant, ça fonctionne terriblement bien !
Mais ça fait quoi alors de venir ici jouer en acoustique, seul qui plus est ? C’est plus simple ? Comment on s’y prépare ? « Last Train c’est les copains et l’émotion part aussi de là. Comment je me suis préparé ? Déjà en faisant le deuil de mes copains (rires), et puis seul dans ma chambre, comme souvent car les chansons partent de là. Petite anecdote : je n’ai-je crois jamais joué avec d’autres gens et quand ça pu arriver je me suis dit « wow c’est bizarre » ! ».
A propos de ce que peut représenter la musique pour lui : « la musique c’est plus qu’une passion, c’est un besoin pour nous quatre. J’ai fait de l’équitation, j’ai mon galop 1 mais ce n’est pas comme la musique… Après le bac c’était plus qu’une envie et moi je n’avais pas de plan B ».
Bonus à la question « pourquoi le nom de Last Train ? » : « Last Train tu n’es pas fan du nom ? Oui mais c’est celui qu’on a choisi à douze ans donc no shame, c’est comme ton prénom, moi je m’appelle Jean-Noël bon voilà… tu finis par l’incarner. »
A propos de cette folle version de Home interprétée ce soir-là : « Quand on a commencé à composer avec les garçons, on avait en tête de composer d’une manière différente de ce qu’on avait toujours fait, à savoir moi dans ma chambre avec une idée que je triture jusqu’à ce que je pense pouvoir la partager avec les garçons. Home a une approche plus électro, comme une boucle qui tourne à l’infini sur laquelle on rajoute des éléments petit à petit pour monter en puissance. Et puis on est Last Train donc jusqu’à faire exploser le bordel quoi (rires). On était en studio et on voulait un truc un peu glauque, on a cet audio et on se demande quoi faire… Avec Rémi (Gettliffe, le 5e Beatle, producteur) on imagine une ligne de voix un peu glauque donc, comme une comptine, on cherchait avec Rems dans le stud, on écoutait de la folk et voilà ! »
On comprend bien que Last Train c’est vraiment une créature à 4 (voire 5) têtes, indissociables et ce depuis leur plus jeune âge. D’ailleurs aucune reprise pour Last Train, même à leurs débuts tous minots, « on a appris en se regardant et sans jamais faire de reprise, et c’était sans voix au début. On a fini par la rajouter car c’était plus conforme à ce qu’on écoutait et je m’y suis collé ». Mais cela ne les empêche pas de chercher à se renouveler et sur ce nouvel album, ils ont tenté une nouvelle façon d’enregistrer : « On voulait un maximum de manœuvre en post-production donc on a enregistré séparément ce qu’on n’avait encore jamais fait ».
La discussion de terminera sur ce qui prouve encore une fois la force de ce collectif, leur indéfectible cohésion et amitié. A la question « Vous êtes catégorisés dans la presse comme le renouveau du rock français, Zegut vous qualifie de nouveau Noir Désir, c’est une pression ? », la réponse sera cinglante et catégorique : « Bon moi en toute honnêteté je ne vois pas 3% de rapport avec Noir Désir, il y a toujours quelqu’un pour nous le dire après les concerts mais je ne vois pas, si quelqu’un veut nous faire un exposé ? (Rires) Mais la pression non, ça donne de la force et être 4 ça permet de servir le projet, quand il y en a un qui part en lattes les 3 autres le recadrent vite ! »
ETE
[HELL FEST CLISSON – 20 JUIN 2025]
Je suis devenue fan du Hellfest un peu après tout le monde… Ce n’est finalement que ma deuxième année sur zone mais j’essaie de rattraper le temps perdu, donc je suis encore en mode coup de foudre avec le lieu, la programmation, l’ambiance … Apprendre que Last Train allait y jouer cette année c’est la cerise sur le gâteau, qui a du sens d’ailleurs. Non ce n’est pas métal, mais tout n’est pas métal au HF et clairement Last Train y a sa place avec son rock furieux. Alors je suis forcément impatiente. Main stage tout de même, en milieu de journée et en pleine canicule. Le temps de saluer les garçons rapidement backstage, je joue des coudes dans la fosse avec mon gros appareil photo pour me rapprocher. Et oui il est 13h mais je dois jouer des coudes car la foule répond présente et est bien compacte. On remarque les fans avec leurs casquettes mais beaucoup de curieux je pense, vite conquis vu l’ambiance. Photographiquement je suis un peu loin mais quel plaisir d’avoir enfin de la lumière ! Le jet d’eau n’est pas de trop pour nous rafraichir (mon appareil apprécie moins) tant le soleil tape et la foule se condense. J’en ressors néanmoins mitigée : la fierté de voir tant de monde dans un contexte musicalement exigeant mais aussi la frustration de la playlist. A mon sens elle aurait pu être mieux adaptée à l’endroit. OK c’est la tradition de finir sur The Big Picture, admettons, mais pourquoi diantre ne pas avoir claqué All to Blame qui avait toute sa place ici ?

Je finis rincée (dans tous les sens du terme) et un peu déçue (oui ça peut arriver !). Voyons ce que donnera leur été full festivals, ils vont écumer à peu près tout ce qui se fait de réjouissances festivalières (c’est le 2e artiste français le plus programmé, sans compter les festivals étrangers et renommés).
[NUITS DE FOURVIERE LYON – 19 JUILLET 2025]
Escapade lyonnaise imprévue entrainée par deux amies, je les retrouve finalement dans leur fief au festival des Nuits de Fourvière. Journée pluvieuse mais l’arc-en-ciel s’annonce peu avant le début des concerts dans un cadre tout à fait somptueux (imaginez un théâtre antique romain, rien de moins). Programmation éclectique : les copains de Johnnie Carwash ouvrent le bal, suivis par The Lemon Twigs (sorte de sous Beatles). OK, surprenant. Je l’aurais plutôt vu en sens inverse mais bon, profitons-en pour un petit passage au merch et au bar pour se mettre en place ensuite, et pour une fois pas au premier rang. Choix judicieux qui me permettra d’admirer le light show dans toute sa splendeur, particulièrement beau. Excellente set list également, parfaitement balancée entre anciens et nouveaux titres, à mon sens la meilleure à ce jour (peut-être parce que cette fois-ci All to Blame était enfin là ?).
Ce sera tout pour moi cette année en mode festival mais j’ai bien sûr capté quelques échos, notamment pendant les Eurockéennes où un incident a vivement fait réagir Jean-Noel : « Stop stop stop sortez les s’il vous plait, on ne tolère pas la violence ici, mesdames et messieurs ici c’est une safe place, on ne tolère pas la violence, prenez soin les uns des autres. S’il y a quelqu’un ce soir qui ne se sent pas safe il fait signe, on arrête le concert et on tej la personne, fin de l’histoire, ok ? ». Quand je vous disais qu’en plus ils sont bienveillants !
Et bien sûr la folle annonce faite à Rock En Seine d’un Zenith pour 2026 (est-ce que j’ai déjà mes places, achetées à 10H02 le jour de la pré-pré-vente ? question purement rhétorique…). Je dois dire que là aussi je suis un peu mitigée, une si grande salle c’est évidemment une consécration pour eux et amplement mérité et je ne doute pas qu’il sera complet et que ce sera le feu mais je m’interroge sur la suite. La logique commerciale de l’histoire voudrait du toujours plus, toujours plus grand… Jean-Noël me disait à ce propos que le groupe n’était pas forcément à l’aise dans les très grandes salles (type Bercy/Accor Arena) et tenait au côté intimiste, ce qu’a prouvé ce début d’année 2025, donc espérons qu’ils réussiront à garder cet esprit et cette balance entre grandes salles nécessaires économiquement et petites salles proches du public. Le débat est toujours difficile pour les fans de la première heure qui estiment parfois « être les premiers » et donc peuvent avoir tendance à « dénigrer » les nouveaux fans (à ce sujet le débat a été abordé par Marie Luba de Ouï FM sur Instagram, je recommande) qui ont bien sûr tout autant le droit à leur part du gâteau et il faut être joyeux de pouvoir le partager mais j’avoue, j’ai un peu l’impression que les oisillons quittent le nid du « petit groupe » et deviendront par la force des choses moins accessibles aux « anciens »… L’avenir nous le dira !
AUTOMNE
Le groupe continue de tourner sans relâche ou presque, passant aussi par nos voisins européens, dans de toutes petites salles. Pour ma part je fais une petite pause nécessaire, c’est aussi ce qui me permettra d’y revenir avec envie et impatience début décembre pour 2 belles dates évidemment complètes au Trianon, selon moi la plus belle salle de Paris, que les garçons avaient déjà retourné en 2019 pour un concert qui était à l’époque leur point d’orgue et qu’ils avaient particulièrement apprécié. Alors on rameute les amis, on charge les batteries de l’appareil photo et derniers rounds de cette année avec Last Train !
[TRIANON – 04 & 05 DECEMBRE 2025]
Deux très belles soirées donc dans un Trianon à chaque fois complet et très chaud. La ferveur du public faisait encore une fois plaisir à voir, on sent qu’il grandit et on voit la joie de ceux qui découvrent la prestation, peut-être après les avoir vu en festivals cet été. Le public des gradins, un peu timide le premier soir, se lèvera un peu plus le second soir et les sourires à la sortie en disent long sur la passion et le plaisir que peut susciter le groupe en live, à tout donner à 200%.

Les setlist sont identique à une variation près, All To Blame le premier soir (vraiment je ne comprends toujours pas pourquoi cette chanson n’a pas été jouée au Hellfest…) remplacée par One By One le lendemain. D’ailleurs Jean-Noël en plaisantera en parlant des « chansons « métal » depuis les festivals métal de cet été », notamment pour introduire ironiquement The Idea Of Someone. Il sourira également des chœurs improvisés de quelques ténors plus ou moins justes et pour le moins … rugueux sur Golden Songs le premier soir !
On a l’immense plaisir de découvrir deux nouvelles versions piano voix incroyables de The Idea Of Someone et Revenge, pleines de sensibilité dans l’interprétation de Jean-Noël, mais également de force avec un petit solo de batterie de toute beauté sur Revenge.
« On ne prend pas pour acquis d’avoir ce public si fidèle, jamais »
Outre tous les remerciements d’usage – et il y en avait beaucoup puisque « on dit qu’il faut tout un village pour élever un enfant, et bien il en faut un aussi pour élever un groupe » et la garde rapprochée est maintenant assez conséquente entre équipes techniques, labels, éditeurs etc…- l’accent a aussi été mis sur le futur Zenith de 2026, prévu initialement en petite configuration, ce qui leur semblait déjà fou : « On pensait faire un petit truc mais il s’avère que vous êtes déjà 4000 à avoir pris des places donc on fêtera ça dans un grand Zenith et on remet des places en vente ». Le discours sera sensiblement le même le vendredi soir, remerciements en plus pour les parents présents et surtout merci au public : « On ne prend pas pour acquis d’avoir ce public si fidèle, jamais. Vous étiez peut-être ici au Trianon il y a 6 ans ou hier soir, ou à l’Olympia, et on espère que vous serez au Zenith et on vous remercie ».


Petite mention pour les deux premières parties, mon coup de cœur ira sur Saint Agnes pour son côté metal et sa chanteuse charismatique, sans oublier Hot Wax plus côté punk / riot girls.
Une belle double clôture d’une année à 70 concerts pour accompagner cet album III et clairement la série des festivals aura apporté une aura encore plus grande à ce groupe qui le mérite tant.

THE END ?
Nous y voilà. Un an après, 70 concerts pour eux, quelques centaines de photos en plus pour moi, des hauts, des bas, des pauses. Last Train a grandi, a bénéficié d’une visibilité sans précédent au cours de l’été des festivals, va remplir un grand Zenith l’année prochaine… Et c’est fantastique car c’est bien là la finalité du projet, partager sa musique au plus grand nombre ! Cela récompense des années de travail que j’ai pu observer de loin, un investissement sans faille tout en restant sincères. Alors pour cela un grand bravo à vous les gars ! J’espère pouvoir dire que l’un de nos points communs c’est la passion et l’engagement.
Pour ma part cette année aussi m’aura fait grandir, et suivre cette aventure m’aura fait toucher du doigt ce fameux rêve inavoué de journalisme musical. Si vous avez lu jusque-là, déjà merci et j’espère que le voyage vous a plu. Je ne sais pas à quoi ressemblera la suite, si l’expérience se reproduira ou pas, mais ce que je sais avec certitude c’est que Last Train fera toujours partie de la BO de ma vie. Rendez-vous dans la fosse !
words & photos : Caroline Landré
