THE INSPECTOR CLUZO ● La Maroquinerie, Paris

De retour à Paris après 2 ans et un calendrier bien chargé (tournée aux US l’été dernier puis 34 dates dans toute la France), The Inspector Cluzo reprend le même concept de résidence sur plusieurs jours de suite pour permettre un spectacle de qualité et accessible, plutôt qu’une grosse salle très chère, et on les en remercie ! Rendez-vous donc à nouveau à La Maroquinerie, un écrin qui leur va bien. Et comme d’habitude, ils ne sont pas avares ni d’histoires, ni de militantisme, ni d’une excellente première partie, comme vous allez pouvoir le lire. Attention spoiler !

Il y a deux ans on avait démarré avec une conférence passionnante sur l’agroécologie par Marc Dufumier. Cette fois-ci on revient au musical, au blues roots, à la voix grave parfaitement alignée, à ce blues envoutant et magique qui nous transporte directement dans le bayou américain. Et pourtant c’est un imposant néo-zélandais qui se trouve seul en scène, j’ai nommé Grant Haua. Qui en plus nous fait l’honneur d’un français certes un peu balbutiant, « petit » comme il dit, mais néanmoins très sincère pour nous introduire ses chansons. Un vrai bon moment pour une première partie de qualité qu’on aimerait revoir en tête d’affiche.

Les Cluzo débarquent ensuite et c’est parti pour un set follement énergique, improvisé parfois, avec une alternance subtile de rythmes et de styles, des sonorités reggae puis jazz puis métal puis rock, enrobées de ce bon vieux blues énervé et d’une voix qui monte parfois dans les très aigus. Maitrise technique imparable et bonne humeur, la recette réussie d’un dixième album et de cette tournée.

C’est également un plaisir d’avoir cet échange, cette communication, pour ne pas dire par moments communion, avec un Laurent fort prolixe et un Mathieu qui s’exprime plus en …mimes mais donne toujours autant de sa personne pour embarquer le public, qu’il s’agisse d’entrainer le rythme au tambourin, faire chanter en chœur, slamer ou jouer de la batterie…debout sur sa grosse caisse !

Alors on apprendra en vrac plein de choses, par exemple qu’en plus du (putain de) chat de Catfarm il y a aussi un porc gascon nommé Igor à la ferme et que Mathieu parle russe, « on sait jamais ça peut servir ».

Ils nous rappellent également qu’aujourd’hui c’est bien un concert « live », ce qui n’est plus tant le cas de nos jours, à coups de backing tracks et de logiciels : « vous connaissez ? Ça s’appelle Ableton live, les mecs ont poussé le cynisme à ajouter « live » à la fin… alors on devrait faire comme les fermes identifiées bio, et préciser si c’est un concert live ou avec backing tracks, et vous choisissez. Nous on joue live alors on va improviser et faire plein de trucs ! Vous voulez plus fort ? On va lancer le programme Ableton Cluzo ! Ici c’est de la musique live, il y a pas de click, fuck le click, vive le jazz, vive le classique ! »

On a même droit à des recommandations lecture à l’intro de As Stupid As You Fucking Can, à propos du livre La Société du Spectacle de Guy Debord qui « décrit à peu près le monde dans lequel on vit aujourd’hui, c’est assez connu mais faut lire quoi… »

On parlera bien sûr agriculture – on rappelle qu’ils ne sont que rock stars a mi-temps puisqu’ils dirigent également une ferme dans le sud-ouest – et ouverture d’esprit en trois points : « 1/ Le Mercosur c’est de la merde, ça sert à rien, c’est le moyen âge, vive l’agriculture responsable et locale. 2/ N’oublions pas le principe fondamental très con : y’a des gens bien dans tous les pays du monde quel que soit le contexte, la politique etc… 3/ We’re all fucking brothers and sisters everywhere, vous êtes la famille de ce soir, chaque famille est unique ! (et il y a pas de click !) ».

On part aussi avec eux en voyage lorsqu’ils nous racontent leur dernière tournée américaine, invités par le groupe Clutch. « Mais attention hein, pas la jolie côte, non non, nous on a fait une tournée dans le Midwest, et ça n’a rien à voir avec le sud ouest. Les gars de Clutch nous chauffent bien sur les premières dates et là on se retrouve au plus gros festival de bikers à Sturgis. La première chanson inspirée d’un philosophe américain hyper connu, ça passe crème, ils connaissent pas ! Sur Greenwashers en revanche ils se foutent de notre gueule, genre les deux tocards là qui nous parlent de greenwsahing, « lapin compris »… Bref, aller chanter des chansons écolo au fin fond du midwest à des climatosceptiques, c’est ça le rock n’roll ! ».

Ils ont également joué dans un club mythique en Oklahoma, où tous les grands sont passés, comme Johnny Cash etc… « des putain de connaisseurs, mais pas hype, ils se la jouent pas bobo ».

Quelques remerciements d’usage notamment pour leur producteur Vance Powell, qu’ils partagent notamment avec Jack White et Seasick Steve, et « qui nous a fait l’honneur de produire ce groupe de merde », pour le manager français d’Iggy Pop qui aura permis un featuring d’anthologie de ce dernier et bien sûr leur équipe technique.

En guise de conclusion ils préciseront qu’ils « ne sont pas anti, on y croit à s’auto-produire en post croissance » et nous gratifieront exceptionnellement d’un unique rappel après avoir soigneusement déconstruit la batterie, avec Journey Men, l’histoire de deux petits landais qui ont fait le tour du monde, la dernière chanson de l’album enregistré dans un couloir avec un seul micro.

Encore une bien jolie soirée à La Maroquinerie avec ces deux compères, mention spéciale au bien trop petit stock de confit d’oie à la table du merch !

words & photos : Caroline Landré